Comment construire une stratégie de financement adaptée à son projet culturel ?

Diversifier ses financements ne sécurise pas toujours un projet culturel

Lorsqu’on parle du financement d’un projet culturel, un conseil revient souvent : diversifier ses sources de financement.

Ne pas dépendre d’une seule subvention. Développer ses ressources propres. Chercher de nouveaux partenaires. Mobiliser plusieurs dispositifs.

Sur le principe, la logique est bonne. Un projet très dépendant d’une seule ressource est forcément exposé si celle-ci diminue ou disparaît.

Mais l’inverse n’est pas automatiquement vrai : multiplier les sources de financement ne suffit pas à sécuriser un modèle économique. Car derrière chaque nouvelle recette peuvent aussi apparaître de nouvelles contraintes : temps de travail, calendrier, dépenses fléchées, besoins de trésorerie, contreparties, obligations de suivi…

La question n’est donc pas seulement : où trouver de nouveaux financements ?

Elle est aussi : quels financements sont réellement pertinents pour ce projet ?

Qu’est-ce qu’une stratégie de financement pour un projet culturel ?

Une stratégie de financement consiste à déterminer quelles ressources sont les plus adaptées aux besoins d’un projet, à son calendrier, à son organisation et à son développement.

Elle peut articuler différentes ressources : recettes propres, financements publics, aides professionnelles, mécénat ou partenariats.

Mais construire une stratégie de financement ne consiste pas simplement à rechercher de nouvelles recettes.

Il faut aussi regarder leur pérennité, les contraintes qu’elles génèrent, leur calendrier de versement et le niveau de dépendance qu’elles créent.

Autrement dit : le financement doit servir le projet, et non l’inverse.

Une stratégie de financement ne commence pas par une liste de dispositifs

Lorsqu’un projet cherche de nouvelles ressources, le premier réflexe peut être de regarder les aides disponibles : appels à projets, subventions des collectivités, aides des organismes professionnels, mécénat, partenariats privés…

Pourtant, partir des dispositifs disponibles peut conduire à construire sa stratégie à l’envers. Avant de chercher un financement, il faut d’abord comprendre ce que le projet doit financer et pourquoi.

Une phase de création ? De la diffusion ? Un changement d’échelle ? Un investissement ? Un poste ? Une action culturelle ? De nouvelles contraintes techniques ? Une évolution de l’exploitation ?

Selon le besoin, les ressources à mobiliser ne seront pas les mêmes. La stratégie de financement commence donc par une lecture du projet, de son budget, de son organisation et de ses perspectives.

Toutes les recettes ne se valent pas

Dans un budget, 10 000 € restent 10 000 €. Dans la réalité d’un projet, c’est beaucoup moins simple.

10 000 € de billetterie, 10 000 € de subvention affectée à une action précise, 10 000 € de mécénat ou 10 000 € issus de contrats de cession n’ont ni les mêmes conditions d’obtention, ni le même calendrier, ni les mêmes contraintes.

Certaines recettes peuvent être utilisées librement. D’autres sont affectées à des dépenses précises. Certaines peuvent être anticipées avec une relative fiabilité. D’autres dépendent de la fréquentation, d’une décision annuelle ou de la reconduction d’un partenaire. Certaines sont encaissées rapidement. D’autres plusieurs mois après le début des dépenses.

Regarder uniquement la répartition entre financements publics, ressources propres et financements privés ne suffit donc pas.

Il faut aussi comprendre le rôle de chaque ressource dans l’économie du projet.

Chaque nouveau financement a aussi un coût

Pas nécessairement un coût financier. Mais un coût en temps et en organisation.

Identifier un dispositif, vérifier l’éligibilité, préparer un dossier, réunir les pièces, construire un budget spécifique, suivre le calendrier, conventionner, produire les justificatifs puis réaliser le bilan : tout cela mobilise du temps.

À cela peuvent s’ajouter des dépenses obligatoires ou fléchées, des objectifs spécifiques, des indicateurs à produire, des obligations de communication ou des délais de versement.

Pris séparément, chacun de ces éléments peut sembler assez simple à absorber. Mais lorsque les financements se multiplient, leur gestion devient elle-même une charge pour la structure. Une aide de quelques milliers d’euros peut être parfaitement pertinente. Elle peut aussi l’être beaucoup moins si son obtention et son suivi mobilisent un temps disproportionné par rapport à ce qu’elle finance réellement.

Le montant obtenu n’est donc pas le seul élément à regarder.

Un budget financé peut quand même mettre la trésorerie sous tension

C’est l’un des décalages que l’on retrouve régulièrement dans les projets culturels. Le budget est équilibré. Les financements sont identifiés. Et pourtant, la trésorerie ne suit pas.

La raison est assez simple : la date à laquelle une recette est acquise n’est pas nécessairement celle à laquelle elle est encaissée. Dans le spectacle vivant, le décalage peut être important entre le calendrier des dépenses de production et celui des recettes.

Les salaires, les artistes, la technique, les transports, les hébergements ou les prestataires doivent parfois être payés plusieurs mois avant le versement d’une subvention ou du solde d’un financement.

Plus les ressources ont des calendriers différents, plus cette question doit être anticipée. Une stratégie de financement ne peut donc pas être pensée uniquement à travers le budget prévisionnel. Elle doit également être regardée à travers le plan de trésorerie.

Un financement pertinent sur le papier peut devenir compliqué à absorber s’il oblige la structure à avancer une part importante des dépenses pendant plusieurs mois.

Quand les financements commencent à orienter le projet

Il existe une autre conséquence, plus discrète.

À force de chercher de nouvelles ressources, un projet peut progressivement évoluer pour entrer dans les critères des dispositifs disponibles. Une action est ajoutée parce qu’un appel à projets peut la financer. Un axe prend davantage de place parce qu’il correspond aux priorités d’un financeur. Une nouvelle activité apparaît parce qu’elle ouvre l’accès à une enveloppe supplémentaire.

Ce n’est pas nécessairement problématique. Un dispositif peut aussi permettre de développer une action pertinente qui n’aurait pas pu voir le jour autrement.

Mais il est utile de se poser régulièrement cette question : Est-ce encore le projet qui détermine la stratégie de financement, ou les financements disponibles qui commencent à déterminer le projet ?

À force d’adapter les actions aux dispositifs existants, une structure peut finir par mobiliser davantage de financements tout en s’éloignant progressivement de ses priorités initiales.

Diversifier, oui. Accumuler, non.

Diversifier ses ressources permet de limiter la dépendance à un financeur ou à une seule source de revenus.

Mais diversification et accumulation ne veulent pas dire la même chose.

Un modèle peut associer des recettes propres liées à l’activité, des financements publics cohérents avec les missions du projet, des dispositifs professionnels ciblés, du mécénat ou des partenariats.

La bonne combinaison dépendra toujours du projet.

Un festival, un ensemble musical, un lieu, un projet de création ou un événement porté par une collectivité n’ont ni les mêmes dépenses, ni les mêmes capacités administratives, ni les mêmes perspectives de recettes.

Il n’existe donc pas de répartition idéale applicable à tous.

La question est plutôt de savoir quelles ressources ont du sens au regard du projet et de la structure qui le porte.

Les 5 points à regarder dans une stratégie de financement

Pour chaque ressource envisagée, cinq questions permettent d’aller au-delà du montant affiché dans le budget.

1. Que finance-t-elle ?

Une activité précise ? Le fonctionnement général ? Un investissement ? Un emploi ? Une phase de développement ?

2. Quelle dépendance crée-t-elle ?

Quelle part du projet repose sur cette recette ? Que se passe-t-il si elle diminue ou disparaît ?

3. Quand l’argent sera-t-il réellement disponible ?

À quel moment la recette est-elle confirmée ? Quand sera-t-elle encaissée ? Les dépenses devront-elles être avancées ?

4. Quelles contraintes entraîne-t-elle ?

Dépenses fléchées, contreparties, calendrier, objectifs, indicateurs, communication, bilan…

5. Que faut-il mobiliser pour l’obtenir et la gérer ?

Combien de temps de travail nécessite le dossier ? Et ensuite son suivi, sa gestion et sa justification ?

Ces cinq questions permettent de passer d’une logique de recherche de financements à une véritable stratégie de financement du projet culturel.

Et parfois, la bonne décision n’est pas d’aller chercher une aide supplémentaire.

Elle peut être de faire évoluer un tarif, développer une ressource propre, consolider un partenariat existant, revoir certaines dépenses ou renoncer à un dispositif trop lourd à gérer.

Le nombre de financeurs n’est pas un indicateur en soi

Un projet financé par huit sources différentes n’est pas nécessairement moins fragile qu’un projet qui en mobilise quatre.

Ce qui compte, c’est la manière dont ces ressources s’articulent : leur pérennité, leur calendrier, les contraintes qu’elles génèrent et la capacité de la structure à les mobiliser dans la durée.

Une stratégie de financement ne consiste pas à multiplier les guichets. Elle consiste à construire la bonne combinaison de ressources pour le projet.

Cet article peut vous concerner si :

  • Votre projet mobilise plusieurs sources de financement sans que leur articulation ait réellement été repensée.
  • Vous cherchez à diversifier vos ressources sans savoir quels financements sont réellement pertinents pour votre projet.
  • Votre modèle dépend fortement d’une subvention, d’un partenaire ou d’une recette spécifique.
  • Votre projet évolue et sa stratégie de financement doit évoluer avec lui.
  • Vous souhaitez mieux articuler ressources propres, financements publics, aides professionnelles, mécénat ou partenariats.

Une stratégie de financement ne consiste pas à multiplier les dispositifs. Elle consiste à identifier les ressources qui ont du sens pour le projet, la fonction qu’elles occupent et les contraintes qu’elles peuvent créer.

Cela suppose de regarder à la fois le modèle économique, la trésorerie, le niveau de dépendance, le calendrier des financements et la capacité de la structure à les mobiliser.

Chez Amné, nous intervenons sur la construction et la consolidation des stratégies de financement des projets culturels et musicaux : analyse du modèle existant, identification des besoins et des ressources pertinentes, articulation des financements et définition des priorités.

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